Safaa MazirhAmazigh 

 

Démarche / Statement

 

Au premier regard, écrit Bernard Millet, le spectateur peut se laisse emporter par l’évidence d’une pratique autobiographique. L’image serait le réceptacle d’un récit, joue par l’artiste elle même, et enfoui dans son cortège de folie. Ici on retrouve des autoportraits, dans des décors dessines , des dessins inspirés par les symboles des tatouages et signes berbères amazighs féminins qu’un oeil averti pourra déceler . Mais pas seulement, et pourtant, attardons-nous sur eux.

En dehors de la dimension esthétique et ornementale qu’ils revêtent, ils sont aussi des signes sociaux indiquant un statut, informatifs même, des signes et symboles utiliser par les femmes berbères amazighs pour exprimer un sentiment. Plus tard la religion islamique interdira les tatouages, considérés alors comme des mutilations de «l’oeuvre divine» , en contradiction avec les écrits du coran . Rituel païen : graver dans sa chair des prières afin de ramener a soi ce que l’on souhaite, une protection.

Dans le travail de Safaa Mazirh, ces encres à l’échelle démesurée deviennent des décors, des architectures, elle se multiplient et forment des infrastructures où loge son image.

Une image aux contours flous, parfois presque fantomatique, indistincte. Vivre dans une ville, c’est habiter dans des cicatrices (sic Emile Aillaud). Cette sentence trouve un écho dans l’amorce de ce travail : qu’est ce qu’habiter ? Qu’est-ce qu’être chez-soi ? Le corps, lieu de la vie privée, participe au processus de construction de l’identité d’un soi, un travail symbolique de mise en scène où le dessin édifie des sortes de murs propres à chacun. Une confortation de son image forgée, étayée a travers de multiples expériences, un procédé qui renvoie certes au passe , cependant les décors réaménagés sans cesse mettent aussi en jeu le travail de construction , de modélisation de sa propre structure alors toujours en mouvement .

Dans les prémisses de ce travail, Safaa Mazirh dépasse la projection rêvée pour plonger dans la part d’ombre propre à la construction de chaque identité.

Charlotte Guy , Le bec en l’air